Essai Suzuki Jimny : le cœur a ses raisons…

Présentée au dernier Mondial de Paris, la 4ème génération du Suzuki Jimny a su séduire les foules, notamment grâce à son style de baroudeur fun. Mais qu’en est-il sur la route ? C’est ce que nous avons voulu savoir en prenant son volant le temps d’un week-end.

Suzuki Jimny profil avant calandre bleu

Le Suzuki Jimny, c’est une histoire qui dure depuis déjà près de cinquante ans déjà. Lancé pour la première fois en 1970, le petit baroudeur nippon était alors basé sur le On360 conçu par la société japonaise HopeStar, dont les droits de fabrication ont été rachetés par Suzuki à la suite de déboires financiers. Naquit par la suite quatre générations, dont une seconde baptisée Samurai et ayant largement inspiré la version du petit 4X4 que l’on connaît actuellement. D’abord présentée en juillet dernier, celle-ci avait par la suite fait le déplacement au Mondial de Paris, recevant un accueil plus que chaleureux de la part du public et de la presse. Il faut dire que le petit nippon se renouvelle enfin après 21 ans de carrière, un record sur un marché où peu de modèles passent la barre des 7 ans avant de changer de génération.

Si l’on ne cesse prôner la beauté intérieure, c’est cette fois-ci son style qui aura déchainé les passions. Mais pas que, puisque c’est aussi pour les souvenirs qu’il évoque à beaucoup mais également ses capacités en tout-terrain qui lui auront permis de remplir son carnet de réservation, avec plus de 500 commandes enregistrées dès le mois d’octobre 2018. Un record, qui aura signé le meilleur mois de la marque depuis dix ans. Un succès indéniable pour un petit SUV de niche sans véritable concurrent, entre des Jeep Wrangler et autres Mercedes Classe G ne jouant pas vraiment dans les mêmes catégories.

Mais alors, que vaut vraiment ce Suzuki Jimny sur la route, lui qui a tant séduit les foules sur le stand de la marque au salon de Paris ? Est-il vraiment aussi polyvalent et à l’aise en ville qu’il le laisse paraître ou est-il uniquement destiné aux escapades hors des sentiers battus ? Autant de questions auxquelles nous allons tenter de répondre en prenant en main ce petit baroudeur aux faux-airs de Classe G miniature.

Essai Suzuki Jimny : adorable baroudeur

Suzuki Jimny 2019 face avant feux calandre bleu

Dès le premier regard, le style de ce Suzuki Jimny interpelle, que ce soit dans le bon ou le mauvais sens. Si certains (voire beaucoup) le trouveront adorable et surtout très fun, d’autres en revanche auront du mal à trouver quelconque forme d’esthétique dans ce style carré peu gracieux. Pourtant, et malgré son style clivant, le petit SUV a su nous taper dans l’œil, pour ses traits et ses angles droits, qui ne sont d’ailleurs pas sans nous rappeler le design du Samurai, produit de 1995 à 1998. Pour rappel, il s’agissait alors d’une version européanisée de la seconde génération du Jimny, dont la commercialisation avait alors débuté en 1981. Un bel hommage à l’histoire, qui se retrouve notamment au niveau de la face avant, qui se pare d’une calandre et d’un capot très droit, ainsi que deux petits feux ronds de chaque côté. A l’arrière, on retrouve là encore un style très brut, dénué de quelconque courbe. Une philosophie située à des années-lumière de ce qui se fait chez certains constructeurs à la recherche de l’élégance, mais qui reste totalement assumée et surtout, qui semble plaire.

Avec une longueur sous la barre des 3,50 mètres (hors roue de secours, le petit baroudeur espiègle séduit aussi par son gabarit ramassé, semblant presque plus haut que large, avec une taille atteignant le mètres soixante-douze. Une impression que l’on doit également à sa garde au sol rehaussée de 21 cm ainsi qu’aux roues de 15 pouces, complétées par une roue de secours installée à l’arrière, complétant son look de petit baroudeur qui fait sans aucun doute tourner les têtes. Globalement, les proportions sont plutôt harmonieuses, avec des porte-à-faux très courts et un empattement de 2,25 mètres.

Misant sur son côté fun pour séduire, cette nouvelle génération du Suzuki Jimny fait la part belle aux coloris pétillants, avec un catalogue enrichi de teintes plutôt sympa, à l’image du jaune Kinetic Yellow et du bleu métallisé Brisk Blue. Notre version d’essai était justement habillée de cette couleur, qui lui va particulièrement bien et contribue à lui donner un côté amusant et pas sérieux pour un sou. Pour les plus discrets, une large gamme de gris, noirs et blancs est également proposée, ainsi qu’un beige Chiffon Ivory et un vert Jungle Green.

Essai Suzuki Jimny : sans fioritures

Suzuki Jimny intérieur planche de bord sièges écran volant

Vous vous en doutez, ce Suzuki Jimny est aux antipodes des SUV urbains tendance tels que les Audi Q2 et autres Mini Clubman. A ce niveau-là, ce n’est plus un monde mais bien un univers qui sépare le petit baroudeur nippon du reste du marché, et c’est surtout à l’intérieur que s’exprime cette philosophie résolument « roots ». Oubliez ici toute notion de luxe et de confort, avec des plastiques durs qui sont ici légion et des sièges au maintien plus que relatif. Qu’importe, ce Jimny n’est pas là pour plaire aux citadines parisiennes, qui jetteront quant à elle plutôt leur dévolu sur une DS 3 Crossback. Ici, l’heure est au naturel et non aux fausses promesses, au contraire de certaines marques autoproclamées haut de gamme mais dont les matériaux clinquants dissimulent des ajustements parfois approximatifs. Le petit SUV donc assume parfaitement ses ambitions de véhicule tout-terrain, qui n’a pas à se pavaner dans les rues du 16ème pour se faire valoir. Ne cherchez donc pas le cuir, il n’y en a pas, mais c’est avant tout pour permettre aux baroudeurs d’aller jouer dans la boue sans avoir peur de salir les sièges. Et oui, car c’est avant tout à cela qu’il est destiné, ne l’oublions pas.

Si l’habitacle est donc loin d’être épuré, avec des boutons partout, à l’ancienne, ça fait parfois du bien de revenir à des véhicules simples, sans fioritures et sans débauche d’écrans en tout genre. Ici, pas de combiné numérique, mais nous retrouvons tout de même un écran tactile posé sur la planche de bord compatible avec Apple CarPlay et Android Auto. Si celui-ci intègre toutes les fonctionnalités nécessaires, il manque toutefois quelque peu de réactivité et d’ergonomie, avec un design un brin vieillissant. Si le confort n’est pas forcément le premier atout de ce Jimny, n’oublions pas qu’il n’est pas destiné aux longs voyages, mais plutôt aux balades en terrain boueux. On aurait toutefois aimé nous asseoir dans des sièges un peu plus rembourrés, le passage de certains dos d’ânes étant parfois difficile à encaisser pour les occupants.

Avec son empattement de 2,25 mètres, le Suzuki Jimny affiche une habitabilité plutôt moyenne, et c’est notamment les passagers à l’arrière qui subissent le plus le manque de place. Et pour cause, si les occupants à l’avant son plutôt bien installés, ne comptez sur la banquette arrière que pour transporter deux personnes de manière très ponctuelle. Et pour cause, outre le confort tout relatif, celle-ci sera le plus souvent rabattue, afin de libérer de l’espace dans un coffre plus qu’exigu. Et pour cause, avec un volume de seulement 85 litres, culminant à 377 une fois les sièges rabattus, il faudra choisir entre loger un bébé, un chien ou les courses de la semaine.

Essai Suzuki Jimny : petit rat des champs

Suzuki Jimny 2019 profil toit feux 4X4

Si certains constructeurs multiplient les motorisations, entre l’essence, le diesel, l’hybride simple et l’hybride rechargeable, comme c’est notamment le cas sur le nouveau Ford Kuga, cette tendance ne semble pas atteindre le Suzuki Jimny. Et pour cause, ici, un seul moteur est proposé dans la gamme, à savoir un bloc 1,5 litre VVT de 102 chevaux, dont la seule option est le choix d’une transmission manuelle ou automatique. Aucune fantaisie donc, mais le petit baroudeur n’en a pas vraiment besoin, misant avant tout sur une gamme simple pour réaliser des économies, alors que le constructeur est actuellement le plus rentable au monde, grâce notamment à des dépenses modérées en recherche et développement. On comprend donc pourquoi ce Jimny ne cède pas à la tendance du downsizing ni de l’électrification, se contentant d’un quatre cylindres venant toutefois remplacer le 1,3 litre de la précédente génération.

Ce bloc atmosphérique se montre plutôt correct pour une utilisation quotidienne, son couple de 130 Nm étant largement suffisant pour tracter la tonne de ce petit baroudeur, même si l’ensemble peut s’avérer quelque peu poussif au démarrage. Si la boîte manuelle à cinq rapports de notre version d’essai possède l’avantage de profiter d’un malus moins important que la transmission automatique, on regrettera toutefois l’absence d’une sixième vitesse, qui aura sans doute sauvé nos oreilles sur l’autoroute. Et pour cause, si ce Jimny se montre très à l’aise en ville, grâce à son gabarit réduit, il devra dans la mesure rester éloigné de quelconque voie rapide, qui est son vrai point faible, en raison de son insonorisation totalement absente, ainsi que de son importante prise au vent. Si vous avez déjà expérimenté un atterrissage mouvementé lors d’un voyage en avion, alors vous avez une petite idée de ce que vous pouvez ressentir au volant de ce Jimny à 130 km/h si le temps est venteux.

Ne vous y méprenez pas, ce petit baroudeur aux airs de SUV tendance n’est pas du fait pour jouer le rôle de la citadine idéale, malgré son gabarit contenu et son diamètre de braquage de seulement 9,8 mètres. Et pour cause, malgré sa garde au sol surélevée, ce Jimny n’est pas vraiment à l’aise sur les dos d’ânes et a un peu de mal à encaisser les nids-de-poule, à cause d’une suspension bien trop ferme, sans pour autant garantir une prise de roulis maîtrisée. C’est donc hors des sentiers battus que le 4X4 se sentira le plus à l’aise, se destinant avant tout à une clientèle vivant en montagne ou à la campagne et ayant besoin d’un véhicule polyvalent, capable d’affronter les pentes, les cailloux et la neige de temps à autre. Sur ce point-là, et même si les deux véhicules ne sont pas tout à fait similaires, c’est avec la Fiat Panda 4X4 que devrait rivaliser ce Suzuki Jimny, étant tous deux réservés à une utilisation bien spécifique.

Si son châssis-échelle peut sembler un brin daté, il possède l’avantage d’avoir largement pu faire ses preuves au fil des années, puisqu’il équipe le baroudeur depuis son lancement en 1970. Une valeur sûre donc, qui lui permet de rouler partout, grâce également à sa transmission intégrale qui peut être activée ou non manuellement selon les conditions. Par ailleurs, avec ses porte-à-faux avant et arrière ultra-courts, il ne craint en aucun cas les trous et les bosses, affichant un angle d’attaque de 37 degrés et un angle de fuite de 49°, tandis que la garde au sol surélevée de 21 cm lui permet d’être à l’aise partout, au détriment bien sûr de la stabilité. Un parti-pris toutefois assumé pour ce petit explorateur qui ne renie en aucun cas ses ambitions de baroudeur, plus que de véhicule de tous les jours.

Conçu pour une conduite douce, le Jimny n’aime pas trop qu’on le secoue, et il suffit de passer quelques virages un peu trop rapidement pour le comprendre. En effet, il n’a en aucun cas vocation à être une bête d’efficacité, certes, mais attention quand même à ne pas vous laisser surprendre, la tenue de route en courbes étant l’un de ses points faibles, même si la transmission intégrale pourra sans aucun doute améliorer quelque peu les choses. On regrettera également une direction manquant de précision, nécessitant de faire beaucoup de tours de volant pour pas grand-chose au final. Vous l’aurez donc compris, c’est à basse vitesse et sur des petits trajets que se conduira le mieux ce Jimny, qui propose par ailleurs une position de conduite plutôt agréable, même pour les plus petits gabarits, qui ne seront pour une fois pas lésés par un pédalier trop éloigné ou un compte-tours trop haut.

Au chapitre des aidés à la conduite, la dotation de série demeure très sommaire, mais comprend des systèmes parfaitement adaptés à l’utilisation pour laquelle ce Jimny est conçue. Parmi les systèmes inclus, nous retrouvons donc l’aide au démarrage en côte, particulièrement utile en montagne, ainsi que l’alerte de franchissement de ligne et la gestion automatique des feux de croisement et de route. Une liste assez simpliste mais qui s’explique par une volonté de la marque d’afficher un tarif attractif, toutefois quelque peu plombé par le malus. Et pour cause, avec des rejets de l’ordre de 154 grammes par kilomètre, le 4X4 écope d’un surcoût de 2.940 €, de quoi refroidir quelques clients potentiels. En ce qui concerne la consommation, celle-ci est affichée à 6,8 litres en cycle mixte, même si celle-ci est évidemment un peu plus importante en conditions réelles. Associée à un réservoir riquiqui de seulement 40 litres, vous deviendrez rapidement ami avec le gérant de la station-service près de chez vous.

Essai Suzuki Jimny : pour résumer

Suzuki Jimny profil bleu SUV

Sorte de vilain petit canard du monde automobile, le Suzuki Jimny peut décevoir s’il n’est pas dans son élément. Trop pataud et bruyant pour l’autoroute, trop peu confortable pour la ville, bref, il n’est pas vraiment le genre de voiture que l’on achète pour la vie quotidienne. Pourtant, le baroudeur nippon est plein d’arguments pour séduire, bien qu’il mise tout de même beaucoup sur son physique, tel un vrai dragueur. Avec son gabarit réduit et sa grande maniabilité, le petit 4X4 est à l’aise dans les ruelles, mais surtout dans les chemins les plus étroits, tandis que ses protections en plastique lui confèrent une bonne résistance aux branches et à la vie quotidienne. On regrettera simplement son confort trop sommaire, avec une habitabilité très faible et une insonorisation à revoir. Dommage, car c’est ici son principal défaut, qui pourrait lui faire perdre quelques opportunités de plaire à 100 %.

Affiché à partir de 17.225 €, le Suzuki Jimny affiche, certes un tarif plutôt raisonnable par rapport au reste du marché, il pourrait proposer à ce prix-là un peu plus de confort pour ses occupants. Il reste par ailleurs plombé par un malus de 2.940 €, qui a de quoi faire réfléchir à deux fois avant de sauter le pas, même si son style et son caractère de vrai 4X4 aux antipodes des SUV faussement baroudeurs ont de quoi faire perdre toute notion d’objectivité. En bref, s’il reste très spartiate dans sa présentation, il constitue une vraie alternative pour tous ceux à la recherche d’un véhicule capable de rouler partout, tout le temps, à un tarif plutôt abordable, face à une Panda 4X4 affichée à partir de 15.990 €, bien moins équipée en entrée de gamme, certes, mais avec un malus de seulement 50 €.

Marie Lizak

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