Essai Ferrari GTC4 Lusso : le meilleur des deux mondes

Remplaçante de la FF, quittant le catalogue en 2016 après cinq ans de carrière, la Ferrari GTC4 Lusso occupe une place particulière au sein de la gamme à bien des égards. Une Fille au Volant a eu le privilège de la prendre en main sur les routes sinueuses, quelque part entre Lyon et Vichy. 

Ferrari GTC4 Lusso argento Nürburgring jantes

Lorsque l’on vous propose de prendre le volant d’une Ferrari, on ne dit généralement pas non, surtout quand cela implique de parcourir plus de 400 km à son volant, sur des routes vallonnées et sinueuses à souhaits, quelque part entre Lyon et Vichy. Dans l’imaginaire collectif, la marque de Maranello est celle qui fait rêver tous les enfants (et pas que les petits garçons), et qui devient pour certain un but ultime à atteindre au cours de sa vie. Il suffit généralement d’entendre le ronronnement d’un V8 ou d’un V12 au cheval cabré dans une rue bondée pour que le silence règne et que tous les regards se tournent vers la sportive, peu importe son âge. Car de tout temps, Ferrari a su créer de vrais mythes, de la Dino à la 458, en passant par la F430, sans oublier la nouvelle et très convoitée 488 Pista.

De notre côté, c’est au volant de la GTC4 Lusso que nous avons pu faire un petit bout de chemin, le temps de voir si ce break pour le moins insolite au sein de la gamme est vraiment digne du blason de Maranello. Vilain petit canard au premier abord, par sa silhouette de break de chasse, ses quatre places et sa transmission intégrale, cette familiale ne sort pourtant pas de nulle part, puisqu’elle est arrivée au catalogue en 2016, succédant alors à la FF, dont la carrière avait quant à elle débuté en 2011. Elle-même remplaçante de la 612 Scaglietti, elle avait alors inauguré cette carrosserie jusqu’alors jamais vue dans la gamme, mais était également le premier modèle doté des quatre roues motrices de série.

Mais revenons à cette GTC4 Lusso, dont le nom est en réalité une référence aux coupés des années 60, et plus particulièrement à la 330 GT, la favorite d’Enzo Ferrari, ainsi qu’à la 250 GT Berlinetta Lusso, tandis que le chiffre 4 représente tout simplement le nombre de places. Mais alors, ce break hautes performances a-t-il tout de même hérité de l’ADN de la marque ? C’est ce que nous avons voulu vérifier en prenant son volant, avec un plaisir non dissimulé !

Essai Ferrari GTC4 Lusso : un break oui, mais avec du style

Ferrari GTC4 Lusso 2019 break profil jantes étriers de freins jaunes

Imposante, c’est sans doute le mot qui définit le mieux cette Ferrari GTC4 Lusso, avec son mètre quatre-vingt-dix de large pour une longueur de près de cinq mètres. Nous sommes donc loin des dimensions plus raisonnables de l’actuelle 488 GTB, désormais remplacée par la nouvelle F8 Tributo révélée au dernier salon de Genève. Si les attributs stylistiques spécifiques à la marque sont ici reconduits, notamment au niveau des feux avant et arrière, l’ensemble se veut bien plus massif, reléguant parfois l’élégance au second plan. Ce n’est toutefois pas vraiment un problème, puisque sa silhouette de break de chasse élancé séduit tout de même, en témoignent les regards mi- intrigués, mi- admiratifs des badauds croisés le long des routes lors de notre essai. Il faut dire que du caractère, elle en a cette GTC4 Lusso, avec sa face avant affublée d’une calandre béante et sa ligne de toit tombante, lui donnant un caractère sportif. On chipotera simplement en regrettant une partie arrière manquant, selon nous, d’élégance, au profit évidemment de l’habitabilité.

Malgré ses ambitions familiales avant tout, l’ensemble respire ici la sportivité, sans trop en faire. Si la face avant est certes gigantesque, elle n’est en revanche pas truffée de prises d’air à outrance, comme c’est parfois le cas chez d’autres marques, aux modèles jouant sur une apparence sportive sans pour autant l’être. Ici, c’est un peu comme si cette GTC4 Lusso n’avait rien à prouver, surtout dans cette teinte grise dont était habillée notre version d’essai. Toutefois, le dynamisme est bel et bien présent, notamment avec ses quatre sorties d’échappement à l’arrière. Bref, nous sommes loin de la voiture familiale de monsieur-tout-le-monde, un positionnement évidemment plus qu’assumé par Ferrari, qui ne fait évidemment rien comme les autres.

Si l’ensemble se veut plutôt discret, si tant est qu’une Ferrari puisse l’être, les clients pourront toutefois personnaliser à l’infini leur exemplaire, avec un configurateur laissant libre cours à l’imagination des futurs propriétaires. Et pour cause, avec plus de 28 teintes de carrosserie, trois styles de jantes et trois couleurs d’étriers de freins, difficile d’avoir la même Ferrari que son voisin. D’autant plus que tout est absolument personnalisable, des sorties d’échappement à la calandre, en passant évidemment par l’intérieur, des sièges à la moquette. De notre côté, notre version d’essai était quant à elle d’Argento Nürburgring, associé à des jantes forgées 20 pouces diamantées abritant des étriers jaunes. Une association plutôt discrète, mais vous pourrez opter, si le cœur vous en dit et votre budget vous le permet, pour un style un peu plus exubérant.

Essai Ferrari GTC4 Lusso : la plus confortable de la gamme

Ferrari GTC4 Lusso 2019 intérieur planche de bord volant écran cuir cioccolato

Entrer dans une Ferrari, surtout pour se mettre au volant, c’est toujours quelque chose. Cette GTC4 Lusso se fait évidemment pas exception, accueillant les occupants dans un écrin de luxe. Si plusieurs options s’offrent évidemment aux heureux propriétaires, la marque a ici équipé notre version de série d’une élégante et originale sellerie en cuir marron, baptisée Cioccolato. Une teinte qui porte bien son nom, et qui change du sempiternel noir, donnant une ambiance certes moins sportive, mais bien plus luxueuse. Il va évidemment sans dire que les finitions sont ici à la hauteur des attentes, de même que les assemblages, et heureusement, pour un véhicule qui se doit de porter l’ADN de l’une des marques les plus convoitées au monde. De leur côté, les sièges offrent à la fois confort et maintien, tandis que la position idéale est très simple à trouver grâce aux réglages électriques, même pour les plus petits gabarits. Bref, nous sommes ici bel et bien dans une Ferrari, avec un signe qui ne saurait tromper : le volant multifonctions, au style reconnaissable et affublé du cheval cabré en son centre.

Faisant passer le confort avant la performance, cette Ferrari GTC4 Lusso fait de la technologie et plus particulièrement de la connectivité un véritable atout. Et pour cause, si les compteurs demeurent encore analogiques, afin de plaire aux puristes, ils sont toutefois entourés de deux écrans indiquant les données relatives à la conduite. A cela s’ajoute un désormais indispensable écran tactile de 10,25 pouces très intuitif, complété par un second plus petit positionné juste devant le passager. Celui-ci, qui reste avant tout un gadget amusant affiche diverses données, dont la vitesse, ce qui n’est pas forcément idéal pour la paix des ménages, mais qui présente l’avantage pour le conducteur de ne plus avoir besoin de regarder le compteur pour connaître sa vitesse. Car oui, on connaît tous un passager qui saura faire bon usage de cet outil en rappelant de temps à autre que « c’est 90 hein », avec un regard appuyé et un brin accusateur. Il faudra toutefois mettre le prix, la compatibilité avec Apple CarPlay étant facturée plus de 3.000 €, tandis qu’il faudra débourser plus de 4.200 € pour permettre à son passager de jouer au co-pilote.

Si l’on achète rarement une Ferrari pour son habitabilité, cette GTC4 Lusso fait évidemment exception. Conçue comme une vraie familiale de luxe, elle peut en effet accueillir deux occupants à l’arrière, bien que sa configuration 2+2 sera plus confortable pour des enfants que des adultes, en raison d’un espace aux jambes sans surprise très étroit. Avec son empattement de 2,99 mètres, le break de chasse offre par ailleurs un volume de coffre plus que correct, dont la contenance oscille entre 450 et 800 litres, une fois les sièges arrière rabattus. La sportive respecte donc le cahier des charges qui lui était alors imposé, à savoir être capable de transporter de manière confortable quatre occupants adultes, ainsi que leurs bagages. Un exercice périlleux mais réussi avec brio, permettant à Ferrari de faire de l’ombre à ses rivaux, alors qu’aucun d’entre eux ne peut se prévaloir de proposer un modèle sportif et habitable qui ne soit pas un SUV.

Essai Ferrari GTC4 Lusso : adaptée à toutes les situations

Ferrari GTC4 Lusso 2019 profil jantes calandre break V12

La GTC4 Lusso, c’est déjà quelque chose en statique. Mais c’est évidemment sur la route que la sportive montre véritablement tout son potentiel, et c’est aussi et surtout là qu’elle pourra prouver sa polyvalence si souvent revendiquée. Actuellement, pas moins de deux moteurs sont proposés dans la gamme, à savoir un V8 3,9 litres biturbo de 610 ch, primé à de nombreuses reprises et hérité de la 488 GTB, ainsi que le V12 6,3 litres atmosphérique repris de la FF, ce que les connaisseurs ne manqueront sans doute pas d’apprécier. C’est donc sans surprise celui-ci qui nous intéressera, alors que nous avions eu la chance de tester le V8 sur la piste du circuit de Mortefontaine l’an dernier avec la version T pour une séance de glisse mémorable.

Déjà bien connu des puristes, ce V12 s’est toutefois offert quelques améliorations, puisqu’il s’est en effet enrichi d’une trentaine de chevaux avec son arrivée sous le capot de la GTC4 Lusso, afin d’atteindre la barre des 690 équidés. Une belle cavalerie donc, qui associée à un couple de 697 Nm à 5.750 tr/min et à une boîte robotisée à double embrayage et sept rapports fait des miracles. Et pour cause, malgré un poids à vide de 1,7 tonne, la sportive atteint les 100 km/h en seulement 3,4 secondes, pour une vitesse maximale de 335 km/h. Évidemment, les sensations sont au rendez-vous, même si le coup de pied aux fesses au démarrage est évidemment moins fort que pour la 488 Pista, que nous avons également eu la chance d’essayer il y a quelques mois.

Très polyvalente, au contraire des autres modèles de la gamme, cette Ferrari GTC4 Lusso s’adapte aux conditions routières et aux envies du conducteur grâce à ses cinq modes de conduite pouvant être sélectionnés via le manettino placé sur le volant. Si la configuration Sport aura évidemment notre préférence, révélant tout le potentiel de la familiale sportive, il sera à réserver aux jours secs, l’ensemble pouvant se montrer relativement joueur, sans pour autant être dangereux toutefois. Et pour cause, le comportement demeure très sécuritaire, grâce notamment à son différentiel à glissement limité ainsi qu’à ses quatre roues directrices. Inauguré sur la FF, ce système permet de profiter de roues arrière tournant en même temps que les roues avant à haute vitesse et braquant dans le sens inverse lors des manœuvres à basse vitesse. Une technologie qui permet donc de profiter d’une stabilité accrue, ainsi que d’un diamètre de braquage plus court.

Justement, en ville, la GTC4 Lusso ne fait pas forcément tâche, puisqu’une fois le mode Confort sélectionné, la sportive change littéralement de personnalité. La suspension pilotée SCM-E permet en effet d’atténuer les trous et autres dos d’ânes, tandis que les quatre roues directrices aident grandement à se faufiler dans les rues étroites, malgré une longueur de près de cinq mètres. Toutefois, les nombreux regards et le son de l’échappement vous rappellent régulièrement que vous êtes bien au volant d’un Ferrari et non d’une simple berline, malgré un comportement presque identique en conduite urbaine. Sur autoroute, là encore, le mode Confort sera privilégié, l’occasion de cruiser tranquillement et de profiter des qualités de la voiture, sans les inconvénients. Par ailleurs, grâce à une insonorisation efficace, le bruit n’est pas trop présent, même si la mélodie nous berce toujours quelque peu. Il serait toutefois difficile de se plaindre, avouez-le…

Pour propulser sa sportive, Ferrari a ici fait le choix d’une boîte robotisée à sept rapports, transmettant l’ensemble de la puissance aux quatre roues, au profit une fois encore de la stabilité, en courbes notamment. Là encore, c’est en mode Sport que cette boîte est la plus agréable, offrant des passages de rapports efficaces sans aucun temps de latence. C’est sans surprise avec les palettes que l’on s’amusera le plus, celles-ci se montrant là aussi tout aussi plaisantes à manipuler. On apprécie par ailleurs leur grande taille, idéale pour les prendre en main, ainsi que leur emplacement sur la colonne de direction et non sur le volant. Bref, l’ensemble est plus que satisfaisant, oscillant entre confort et sportivité selon les besoins, sans jamais tomber dans l’extrême d’un côté comme dans l’autre.

Il y a fort à parier que lorsque vous décider de sauter le pas et de vous offrir une Ferrari, la consommation n’est pas franchement la priorité. Heureusement, car avec quelque 15,3 l/100 km en cycle mixte, le portefeuille et le moral risquent d’en prendre un sacré coup au passage à la pompe. Si cette GTC4 Lusso sait se montrer à l’aise en ville, sa consommation monte tout de même jusqu’à 23,3 litres, de quoi faire réfléchir quant à la nécéssité d’aller travailler tous les matins avec.  Enfin, avec des émissions annoncées à 350 grammes par kilomètres, on est tout de même bien content que le barème du malus soit plafonné à 10.500 €, autrement, la facture aurait été salée. Mais qu’importe, car quand on aime…

Essai Ferrari GTC4 Lusso : pour résumer

Ferrari GTC4 Lusso 2019 feux avant capot roues

Version automobile de Dr Jekyll et Mr. Hyde, la Ferrari GTC4 Lusso est à la fois une familiale efficace et une vraie sportive, dissimulant sous une carrosserie de voiture de père de famille dynamique des gènes de supercar bien affirmés. Synthèse idéale entre la performance et le confort (tout du moins pour le segment), la sportive au cheval cabré est aussi paisible en ville qu’elle est exubérante en-dehors. Avec ses cinq modes de conduite, elle se montre polyvalente à souhait, se montrant tour à tour sécurisante et joueuse quand il le faut. Forte de 690 équidés survoltés, elle reste en revanche et sans aucun doute la Ferrari la plus facile à conduire de toute la gamme, et il est vrai qu’elle reste à la portée de la plupart des conducteurs, sans avoir besoin d’être un professionnel du pilotage.

Affichée à partir de 266.196 €, la Ferrari GTC4 Lusso est certes onéreuse, mais c’est évidemment le prix à payer pour s’offrir une part de luxe, alors que la concurrence est par ailleurs quasi-inexistante sur le segment des breaks hautes performances. Et pour cause, seule la Porsche Panamera Sport Turismo pourrait prendre le risque d’aller titiller l’italienne, malgré un prix très largement inférieur. Bien plus radicale, tout en étant confortable et bien plus habitable que les supercars standards, la sportive de Maranello devrait faire briller les yeux des enfants, mais aussi des parents qui ne voudraient pas succomber à la mode des SUV. Pour les autres, il faudra encore patienter, la marque étant, selon les rumeurs, en train de préparer son prochain modèle, surélevé cette fois-ci. Baptisé Purosangue, il devrait notamment rivaliser avec les Lamborghini Urus et autres Maserati Levante.

  • Prix du modèle essayé (hors options) : 166.196 €

Marie Lizak

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